ouvrir la recherche

À l'école sans voiture

a'urba, 2018

De nombreux enfants sont accompagnés à l'école en voiture. Cette tendance participe à la baisse des aptitudes physiques des enfants, constatée sur les quarante dernières années, en France et ailleurs.

Comment pourrait-on transférer ces déplacements en voiture vers d'autres modes ?
Des enfants ainsi « éduqués » développeraient-ils demain des pratiques de la mobilité plus durables ? Des parents libérés de cet accompagnement laisseraient-ils leur voiture au garage pour leurs déplacements domicile-travail ?

LES MOBILITÉS NE RELÈVENT PAS QUE DE NOS HABITUDES FAMILIALES, ELLES SONT AUSSI UNE EXPÉRIENCE TRÈS PERSONNELLE DE LA VILLE. (N.OPPENCHAIM)

La mobilité s'apprend-elle?

Le sociologue Nicolas Oppenchaim rappelle que les déplacements des jeunes ne sont pas innés. Les mobilités sont orientées par des habitudes prises dès le plus jeune âge.

L’expérience de chacun, à l’enfance ou à l’adolescence, a de l’importance. Elle se façonne en se confrontant aux espaces publics et urbains et en s’émancipant du regard de la famille.

LES DÉPLACEMENTS DES ENFANTS CORRESPONDENT A DES HABITUDES PRISES DES LEUR PLUS JEUNE AGE.

Qu’est ce qui peut influencer l’apprentissage
de la mobilité ?

Le genre : la liberté des jeunes filles se réduit avec la puberté. On constate une peur sexuée des parents dans l’appréhension des espaces publics urbains, les filles deviennent beaucoup plus encadrées que les garçons. En grandissant, elles sont davantage accompagnées par leurs parents lors des activités extra-scolaires.

La famille : les filles issues de milieux populaires ont moins d’activités que celles de familles aisées.

Les rapports sociaux : ils jouent beaucoup sur la manière de se déplacer des enfants et des adolescents. La mobilité des jeunes est liée à l’expérience de leurs parents. Ils reproduisent les mêmes discours et les mêmes pratiques.

LES ENFANTS PRATIQUANT TRÈS TÔT LES TRANSPORTS EN COMMUN ACQUIÈRENT UNE AUTONOMIE.

Les enfants d'aujourd'hui se déplacent-ils
toujours autant ?

D’une génération à l’autre, la pratique des modes actifs s’est considérablement réduite.

De 1960 à nos jours, l’autonomie des jeunes et la longueur de leurs déplacements se sont réduites. Les enfants ne marchent plus seuls. Les espaces de nature sont désormais perçus comme des lieux de danger.

Les enfants ne s’attardent plus dans la rue, ce qui était déjà le cas des filles autrefois. Les raisons sont liées à la sécurité et à une impression d’oisiveté, perçue de façon négative.

Xavier et son fils Théo faisaient les mêmes déplacements au même âge, mais Xavier les faisait seul en 1980, alors qu'aujourd'hui il accompagne Théo sur l'ensemble de ses déplacements.

Quelles sont les pratiques en Gironde?

Début 2017, l’a-urba et le Cefil ont mené une enquête sur les déplacements vers l’école primaire auprès de familles d’élèves de huit écoles à Bruges, à Libourne et à Saint-Aubin-du-Médoc.

À Libourne, 50 % des élèves se rendent à l’école à pied tandis qu’à Bruges ou Saint-Aubin-de-Médoc, la voiture représente 73 à 81 % des déplacements vers l’école.
75% des parents utilisant leur voiture pour mener leur enfant à l’école se rendent ensuite vers leur lieu de travail.

45 % des parents estiment qu’un enfant pourrait se rendre seul à l’école à partir du CM2 mais seulement 5 % le font (sans leurs parents ni frères et sœurs). Un très net basculement s’opère à l’entrée au collège.

SI LA MARCHE À PIED EST PRÉFÉRÉE DANS LES DÉPLACEMENTS INFÉRIEURS À 500 M, AU DELÀ LA VOITURE DEVIENT MAJORITAIRE.

Comment initier à des comportements différents ?

Sensibiliser à l'éco-mobilité et à une plus grande autonomie via des animations scolaires et des sorties périscolaires.

Rendre des espaces aux piétons et aux cyclistes avec la fermeture temporaire de certains secteurs.
©crepaq

Expérimenter de petits dispositifs : indiquer les temps réels des parcours à vélo et à pied par la signalétique.
(Ces panneaux ont été réalisés par les enfants du centre de loisirs de Saint-Aubin-de-Médoc.)

Se rendre à l’école autrement qu’en voiture, même une fois de temps en temps, c’est déjà un grand pas !