
Dans cette dynamique, un ouvrage attend de retrouver une nouvelle vie. Conçue par Gustave Eiffel et inaugurée en 1860 pour relier les gares d’Orléans et du Midi, la passerelle Eiffel a été abandonnée en 2008 au profit d’un nouveau pont ferroviaire. Sauvée de la destruction et inscrite aux monuments historiques en 2010, elle demeure pourtant inutilisée. Et si, plutôt que de la laisser inexploitée, le territoire saisissait l’occasion de réactiver cet ouvrage d’art ?
C’est dans cette perspective que l’a-urba a conduit une démarche exploratoire multi-partenariale autour de la passerelle Eiffel. Singulière par son objet, l’étude « Le devenir de la passerelle Eiffel » envisage l’ouvrage à la fois comme un système de franchissements et comme un espace public à part entière. Inscrite dans le temps long du projet urbain, la démarche poursuit un triple objectif : révéler cette passerelle oubliée, reconnecter les deux rives et explorer les nouveaux usages qu’elle pourrait accueillir.
L’étude propose d’abord de réintégrer la passerelle dans le paysage bordelais en la révélant comme une porte d’entrée symbolique de la ville, visible depuis les quais et depuis les ponts Saint-Jean et Simone-Veil. Une mise en lumière sobre et permanente, complétée par des performances artistiques ponctuelles dans l’esprit de la Fête des Lumières, réaffirmerait son statut d’icône métropolitaine.
Reste le défi technique de l’accessibilité : la passerelle se situe à cinq mètres au-dessus du sol, créant une « coupure » physique avec les quais. Trois scénarios sont explorés pour la relier aux berges – rampe et escalier, ascenseur à ciel ouvert et escalier, passerelle latérale – chacun avec ses avantages et ses contraintes.
Enfin, l’étude esquisse trois vocations possibles, exclusives ou combinées, pour donner vie à ce futur espace public : un belvédère sobre où la structure métallique elle-même devient spectacle, offrant des vues uniques sur la Garonne, les ponts et les façades de la ville ; une traversée fraîcheur, coulée verte suspendue prolongeant les futurs parcs Eiffel et Descas, mêlant plantes grimpantes et brumisateurs ; une galerie suspendue, en dialogue avec la MÉCA, les nouveaux lieux de culture à venir en rive droite (Cité océanographique et le Curiocité), faisant de l’ouvrage un lieu d’exposition à ciel ouvert.
Plus qu’un franchissement, la passerelle Eiffel pourrait devenir, demain, un des espaces publics singuliers de Bordeaux. Un lieu de destination où patrimoine, paysage et nouveaux usages se rencontrent au-dessus du fleuve.
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