CaMBo
Un site dédié à la revue CaMBo verra bientôt le jour pour rassembler l'ensemble de ses archives. D'ici là, le dernier numéro publié est d'ores et déjà consultable sur cette page.
CaMBo #28 : Commerce, le grand déballage
Derrière ce titre volontairement léger, ce dossier explore les multiples recompositions en cours de la ville marchande et les (r)évolutions des pratiques de consommation.
Disparition des petits commerces, vacance commerciale dans les centres-villes, obsolescence des grands centres commerciaux, explosion du e-commerce dont la logistique modifie l’organisation et le fonctionnement de nos villes et territoires…
Autant de sujets passés au crible de l’analyse des géographes, économistes, architectes, historiens qui ont contribué à ce passionnant numéro.
le dernier numéro
Entre ville et commerce, l’union est très ancienne, intense et, pour certains, sacrée. Depuis la généralisation des foires et marchés au Moyen-Âge, les villes sont des centres d’échanges majeurs. Au fil des siècles, l’activité commerciale – ses lieux, ses flux, ses acteurs – a accompagné l’essor économique des villes, leur rayonnement, mais aussi l’organisation spatiale des centres urbains comme des périphéries. Le commerce fait et défait la ville dans une sorte de communauté de destins. Car, il n’est pas seulement question d’activité marchande ; en contribuant à l’animation de la ville, le commerce est considéré comme un gage d’urbanité.
Or, ballottés par les crises économiques et la baisse du pouvoir d’achat, percutés par les confinements liés à l’épidémie de Covid-19, défiés par d’autres modes de consommation – en particulier le e-commerce, concurrent invisible et déterritorialisé –, menacés par les assauts de la fast fashion, les commerces de nos villes souffrent. Bien sûr, l’argument « quand le commerce meurt, la ville s’arrête… et réciproquement » pèse lourd. Aussi, inquiets de la vacance commerciale et des boutiques obscures, et soucieux de maintenir une économie locale, acteurs publics et privés joignent leurs forces pour tenter de revitaliser les commerces et défendre les bastions marchands des centres-villes. Mais, alors que de très nombreuses voix s’accordent sur la nécessité d’un mode de vie plus sobre, moins consumériste, ne serait-il pas temps d’imaginer autre chose en lieu et place, ou plutôt en complément, de la ville marchande que nous connaissons ?
Ainsi pourrait-on imaginer des lieux d’échanges diversifiés, créateurs d’urbanité et de sociabilité, pour donner vie autrement aux rez-de-ville : installer des services à la personne ; proposer des espaces de culture accessibles, des portes ouvertes vers la curiosité ; ouvrir en pied d’immeuble des endroits pour se poser ou se réfugier quand il fait trop chaud ; créer des ateliers de fabrication, des lieux de réparation de biens et de soins pour les personnes. Et accompagner le tout d’une réflexion sur les horaires d’ouverture et les rythmes urbains.
Il s’agirait en somme de dessiner une infrastructure urbaine du quotidien plus sensible, plus relationnelle, et respectueuse des ressources ; de porter une vision de cette ville à hauteur de passants qui permette de repenser la relation intérieur/exté-rieur, marchand/non marchand, l’articulation entre espaces publics et privés, entre mouvement et sédentarité.
Il n’est pas question de renoncer au commerce dans les villes mais de réfléchir à d’autres attracteurs, d’autres lieux de vie, et d’imaginer de nouveaux modèles pour que, justement, demain, le commerce puisse continuer d’exister. L’entrée dans cette réflexion est libre, sans obligation d’achat.
La rédaction