Vivre dans les nouveaux quartiers
Comment fabriquer la ville sur ses friches sans céder sur la qualité du cadre de vie ? Comment articuler densification, sobriété foncière et bien-être des habitants ? C’est tout l’enjeu des nouveaux quartiers métropolitains, dont les Sècheries à Bègles constituent aujourd’hui une référence emblématique.
Né sur les vestiges des anciennes sècheries de morue qui ont longtemps fait la réputation de Bègles, le quartier a été conçu à partir des années 2010 dans le cadre de la ZAC du Quartier de la Mairie. Sous l’impulsion de la Ville de Bègles, de Bordeaux Métropole et de l’aménageur Aquitanis, le projet initial a été profondément réorienté à partir de 2011. La densité a été augmentée pour porter le programme à 490 logements répartis sur 9 hectares, structurés autour d’un concept original : le « parc habité », pensé comme le prolongement direct du parc de la mairie.
Dans cette étude, l’a-urba interroge la manière dont les habitants s’approprient ce quartier livré entre 2015 et 2022. À partir d’entretiens avec les acteurs du projet, d’observations de terrain et d’un questionnaire mené auprès des résidents, l’étude explore sept thématiques : la genèse du quartier, le profil de ses habitants, la qualité du logement, le cadre paysager, les mobilités, l’offre de services et de commerces, le voisinage et la vie quotidienne.

L’enquête révèle une réussite globale : 86 % des habitants recommandent d’habiter aux Sècheries. Le végétal omniprésent, l’architecture contemporaine, la présence d’espace extérieur et la luminosité des logements sont largement plébiscités. La maîtrise d’usage portée par l’agence Deux Degrés a permis l’éclosion d’une véritable vie de quartier, autour d’une association active. Les espaces pensés pour les modes actifs – venelles, pistes cyclables – plutôt que pour la voiture sont également très appréciés.
Seules ombres au tableau : la performance environnementale, thermique et acoustique, peu anticipée à l’époque ; le fonctionnement perfectible des locaux partagés, resté perfectible ; ou encore la gestion des bornes enterrées de collecte des déchets.
Les Sècheries constituent ainsi un laboratoire d’enseignements précieux : un quartier vivant, verdoyant et apprécié, qui rappelle que la qualité urbaine repose toujours sur un équilibre subtil entre ambitions spatiales, sociales et écologiques.