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DOSSIER : A TABLE!
MAI 2018 – 80 PAGES – 10 EUROS

CaMBo#13

Éditorial du n°13 de CaMBo, par Jean-Marc Offner, directeur général de l’a-urba

« Un train de retard », c’est le jugement historique que l’on portera sur  l’agitation actuelle concernant les hypermarchés. D’aucuns en appellent en effet à un moratoire sur l’implantation des grandes surfaces de périphérie, alors même que le modèle des hypermarchés est déclaré à bout de souffle par leurs patrons eux-mêmes. Essor du commerce en ligne et du drive, diversification des modes d’achat, concurrence généralisée sur les prix, les hypermarchés n’ont plus la cote. Le discours politique tire sur l’ambulance. La loi Royer de 1973, dix ans après la première implantation d’un « grand magasin en libre-service » avait voulu, déjà, protéger le petit commerce. En vain. Les transformations successives de la composition et du fonctionnement des commissions d’aménagement commercial n’ont pas empêché un laxisme récurrent en faveur des demandes d’autorisation d’exploitation commerciale, par une convergence de fait entre  intérêts économiques privés et intérêts publics locaux. Les références aux bonnes pratiques allemandes ou britanniques n’ont pas ébranlé la surdité collective.

L’action publique devrait avoir une longueur d’avance. Elle est bien souvent en retard d’une guerre, lorsque le problème à résoudre prend une ampleur telle que les solutions initiales deviennent inopérantes. En l’occurrence, la « problématique » des hypermarchés concerne désormais moins l’implantation de nouvelles surfaces que leur transformation voire la réaffectation de leurs emplacements.

Ces décalages temporels entre l’apparition d’un phénomène, son diagnostic (savant, politique, militant), l’élaboration et la mise en œuvre d’un mode d’action, minent la pertinence des politiques publiques.  Des économistes alertent ainsi depuis vingt ans sur l’impasse du financement des transports collectifs sans émouvoir quiconque.

L’étalement urbain est l’illustration paradigmatique de ces asynchronies. Après un demi-siècle de développement des territoires périurbains, le législateur persiste et signe, traitant l’affaire sans la questionner à nouveaux frais. Sans doute fallait-il tenter de « lutter » contre la rurbanisation il y a 40 ans. Ce n’est plus d’actualité aujourd’hui, l’enjeu est désormais d’agencer plus vertueusement ces urbanisations diffuses, existantes.

Le train de retard a parfois d’autres raisons. Les temps de maturation et de réalisation des grands projets  sont tels que la péremption guette les programmations. Souvenons-nous de l’ambition initiale de la TGB, une bibliothèque sans livres, ce qui n’était pas sot à l’heure du numérique. Les quatre « silos » à bouquins ont démenti cette conception, trop avant-gardiste pour ébranler les certitudes architecturales. Les équipements culturels fournissent une bonne partie de ces obsolescences programmées.

Que faire ? Les « savants » n’échappent pas toujours à ce conservatisme des paradigmes. Les « lanceurs d’alerte » manquent de légitimité. L’assemblée citoyenne du futur prônée par certains trouve peu d’échos. Et les « renifleurs de tendance » chers au milieu de la mode ne s’intéressent pas à notre avenir urbain. Des circuits courts entre les mondes de l’action, du savoir, de la culture, devraient faciliter l’abandon des schémas caducs et l’appropriation de nouveaux modèles. « On ne peut résoudre nos problèmes avec le type de pensée qui les a créés », affirmait justement Albert Einstein, dans un bel appel à l’hybridation des compétences.

Jean-Marc Offner

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