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Dossier : Marcher en ville
novembre 2012 – 84 pages – 10 euros

CaMBo #2

Éditorial du n°2 de CaMBo, par Jean-Marc Offner, directeur général de l’a-urba

De quoi parle-t-on dans CaMBo ? s’interroge légitimement le nouveau lecteur des Cahiers. De villes et d’aménagements, de métropoles et de modes de vie, d’urbanisme… Mais qu’est-ce que l’urbanisme ? « Vivre, c’est passer d’un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner ». Avec cette belle phrase extraite de son Espèces d’espaces, George Perec aide à formuler une réponse. Car le sujet prête à débat ! « Méthodes permettant d’adapter l’habitat urbain aux besoins des hommes », indique le Petit Robert. Soyons franc : pour tout un chacun, l’urbaniste construit des villes, comme un architecte construit des immeubles.

Erreur ! Listons quelques-uns des grands dossiers de l’urbanisme contemporain : la mixité sociale et fonctionnelle, l’implantation des équipements collectifs, la voirie et ses réseaux, la nature en ville, le trafic automobile, la vie de quartier, les « circuits courts » d’approvisionnement, les zones d’activité, l’accessibilité aux services, l’étalement urbain… De quoi est-il question ? De distance ; de proximités et d’éloignements. L’urbaniste s’occupe moins des lieux que des liens. Ainsi, Alexandre Chemetoff définit-il justement l’urbanisme comme « l’art de la liaison, de la relation, de l’entre-deux ». Et les géographes rappellent que la ville a été créée pour maximiser les interactions spatiales.

C’est pour cela que l’espace public et le paysage – qui mettent en scène les perspectives, qui donnent à voir le proche et le lointain – sont aussi importants, que la question de la mobilité est essentielle, trop souvent réduite à une politique sectorielle alors que l’ensemble des fonctionnements urbains en dépend.

Faire de l’urbanisme, c’est donc intervenir sur les espacements. C’est réguler le proche et le loin, entre les individus, entre les activités, entre les bâtiments, entre les quartiers, entre les villes et les territoires.

L’architecte n’est certes pas dénué de moyens pour concevoir « la ville des justes distances », comme l’y invite Manuel de Solà Morales, architecte-urbaniste barcelonais : mesures, proportions, densités. Dans ce travail d’ajustement, l’urbaniste dispose néanmoins d’une boîte à outils mieux garnie, avec du hard et du soft : l’urbanisme visible de la localisation des activités, du maillage des infrastructures, de la composition des espaces ; l’urbanisme invisible des flux économiques, des réseaux sociaux, des pratiques et représentations des citadins, des temporalités. La grande ville du XIXe siècle fut inventée grâce à l’urbanité, comprise comme maîtrise des distances entre les inconnus de la foule des grands boulevards et des transports collectifs. D’aucuns voient aujourd’hui dans l’habitat péri-urbain une façon de trouver la bonne distance par rapport à son voisin. En philosophe, Arthur Schopenhauer a fort bien résumé l’affaire avec sa fable des hérissons : pour se protéger du froid, ils se serrent ; mais ils se piquent mutuellement avec leurs aiguilles, alors ils s’éloignent. Et ils se rapprochent à nouveau… Les porcs-épics n’ont pas la vie facile! Les urbains non plus : entre proximité conviviale et promiscuité infernale, il n’y a parfois que la hauteur d’un mur, l’épaisseur d’une haie, la largeur d’un pas.
Faire de l’urbanisme, c’est donc intervenir sur les espacements. C’est réguler le proche et le loin, entre les individus, entre les activités, entre les bâtiments, entre les quartiers, entre les villes et les territoires.

Dans la métropole bordelaise, où des frontières naturelles nombreuses se conjuguent à des divisions socio-spatiales et fonctionnelles marquées, ce questionnement sur les espacements est central : le Grand Parc et le parc Rivière, Bacalan et les Chartrons, Bordeaux-Lac et le centre- ville, les deux rives, Cestas et la Cub, Langon et Libourne, Bordeaux et Toulouse… Trop près, trop loin ?

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/ Extraits

Voir le sommaire

Voir le Grand Entretien : François Dubet (par Françoise Taliano-des-Garets)

Voir la rubrique Fabrique urbaine : Habitat modulaire : Sylvania, une expérience audacieuse à l’avenir prometteur (par Maud Gourvellec)

Voir la rubrique Kiosque : Attitudes, Propos sur l’architecture, la ville, l’environnement, Nicolas Michelin (par Pierre Layère)

Voir l’introduction du dossier Marcher en ville (par Antonio Gonzalez-Alvarez)

Editeur : Le Festin, Bordeaux
Plus d’infos : www.lefestin.net

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